Brexit: quelles solutions pour le commerce international? Le cas des importations.

30/03/2019| par Florence BLANCHIER| Brexit , France UK , importations UK , commerce international
Photo Brexit: quelles solutions pour le commerce international? Le cas des importations.

George Hollingbery, secrétaire d’Etat conservateur en charge de la politique commerciale du Royaume-Uni au sein du département du commerce international, a annoncé le 13 mars dernier plusieurs mesures à prendre en cas de « No-Deal », c’est à dire une rupture ferme et sans accords bilatéraux préférentiels avec l’Union Européenne, appelé aussi Hard Brexit (Brexit dur), sur une période d’un an suivant la sortie du pays en attendant la mise en place d’un régime douanier efficace et durable.

Ces mesures temporaires concernent les droits de douane applicables sur les importations :
il souhaiterait d’une part exempter de droits de douane l’équivalent de 87 % des importations globales britanniques dans le but de réduire le choc économique pour les entreprises et les ménages, en d’autres termes contrôler l’inflation et maintenir la compétitivité des entreprises en évitant la baisse des exportations fabriquées à partir de composants importés, et d’autre part augmenter les taxes dans certains secteurs pour protéger les entreprises les plus sensibles et exposées à la concurrence étrangère.

Pour l’heure, 56 % des importations hors Union Européenne ne sont pas soumis à des droits de douane tout comme l’ensemble des importations en provenance de l’Union des 28-1, grâce au statut d’État membre. Suite à la mise en place de ces mesures, 92 % des importations ayant pour origine un pays hors de l’Union Européenne ne seraient plus soumis à des droits de douane, et 82% des importations issues de l’Union Européenne ne supporteraient également aucun tarif douanier.

Des produits, comme les matières premières telles que l’aluminium, l’acier, le bois, le papier, seront libres de droits de douane afin de ne pas perturber la supply-chain des entreprises fabricantes, comme le secteur automobile, longtemps en difficulté, qui renaît de ses cendres et redevient très performant outre-Manche (Rolls-Royce, Jaguar Land Rover (JLR), constructeurs et écuries Formule 1 par exemple).

D’autres produits connaîtront une baisse des droits de douane, comme les produits textiles (de 8% à 0,9%).

Enfin, les droits de douane appliqués aux produits laitiers et issues de l’agriculture (bœuf,volaille) augmenteront afin de protéger les agriculteurs britanniques, en grande difficulté face à la concurrence jugée déloyale (dumping économique et social) de certains pays européens.

Ce changement de régime temporaire ne concerne pas les pays avec lesquels le Royaume-Uni a signé des accords de libre échange, mais des pays tiers, comme l’Union Européenne va le devenir suite au Brexit.

Actuellement, le Royaume-Uni ne cesse de multiplier les accords bilatéraux avec des pays du Commonwealth, à savoir le Canada, la Jamaïque, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji pour ne citer que ces derniers, ou encore d’autres États, tels que la Suisse ou Israël.

Ces choix peuvent cependant laisser assez dubitatif dans la mesure où certains seraient plus protégés que d’autres: en effet, les producteurs britanniques dans les secteurs tels que l’aluminium, le bois ou encore l’acier subiront la concurrence directe des entreprises étrangères.
Par ailleurs, M.Hollingbery a aussi stipulé qu’il n’y aurait ni droits de douane, ni contrôles douaniers sur les biens importés d'Irlande en Irlande du Nord. Ce qui laisserait entrouverte une porte sur le marché britannique pour l’Union Européenne.
Le dénouement de cette rupture reste tout autant incertaine : nous nous dirigeons vers un « No-Deal » et le scénario décrit précédemment, qui ne pourra pas en être un autre car un plan alternatif, proposé par l’opposition (Labour), a été rejeté par 307 voix contre 237.
Il prévoyait notamment d’entretenir une relation économique étroite avec l'UE, grâce à « l'instauration d'une union douanière permanente entre le Royaume-Uni et l'UE ».

De nombreuses entreprises ont déjà fait le choix de déménager leur siège social en France (HSBC France prend la gouvernance du groupe), aux Pays-Bas (Sony) ou dans d’autres parties du monde comme à Singapour (Dyson), pour faire face à l’incertitude qui plane autour du Brexit, préférant anticiper les risques néfastes d’un Brexit dur, tels que les droits de douane, l’attente à la frontière, ou la multitude des contrôles douaniers et réglementaires.

Auteur : Matthieu Bady pour Blanchier Consulting

UNE QUESTION, UN COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE ?

Réagissez ou demandez nous des explications sur cet article en remplissant le formulaire de contact de notre page Contact.

Une question. Un commentaire